Pourquoi la rencontre de la psychologie et de la méditation est-elle est essentielle ?

A l’heure où la méditation n’est plus réservée à une élite engagée sur une voie spirituelle orientale mais s’inscrit dans le champ de la santé mentale, la nouvelle génération de psychologues se trouve à la croisée des mondes. La méditation continue d’échapper aux cases où l’air du temps voudraient l’enfermer et trouve place au cœur de notre société moderne. La psychologie se dégage des carcans identitaires, elle s’ouvre à de nouveaux horizons de sens et de soins. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui d’engager une "pensée méditante" sur la rencontre entre la thérapie occidentale et le chemin de l’attention développé de manière laïque par le bouddhisme. L’attention ouverte favorise une écoute authentique, ancrée dans la présence corporelle, gage d’une parole libre qui tend à ne plus méconnaître la vérité de la souffrance, la singularité de l’expérience et le désir de vivre. La méditation alliée à la psychologie ouvrirait-elle un nouvel espace thérapeutique, une nouvelle entente de l’être humain plus profonde, hors de tout dogmatisme théorique, de présupposés philosophiques ou d’inscription religieuse ? Ce blog en est la recherche vivante.

Au-delà du moi, la liberté ?


« Il nous apparaît de plus en plus clairement que ce sujet qui parle est un au-delà de l’ego. » 
Jacques Lacan, mars 1955.



Au-delà de l'ego.
"Chacun peut se demander : mais quel rapport y a-t-il entre la méditation assise développée par le Bouddha, la pratique thérapeutique de la psychologie et la réflexion philosophique ? Le point qui me paraît central dans ces trois approches, la ligne de mire qui les rassemble malgré de réelles divergences, est qu’elles permettent le dépassement de l’ego. Elles vont au-delà de l’ego.
On pourrait objecter qu’un usage à sens unique du terme d’ego ne peut pas rendre compte de la diversité de ces traditions. Certes, elles sont d’une grande subtilité qui ne se laisse pas résumer en quelques mots. Toutefois, et limitons-nous à cela pour l’instant, l’ego peut être simplement défini comme ce qui restreint l’ampleur du réel. Chaque fois que je ne vois plus la situation présente, mais réfléchis à l’usage que je peux en faire, à l’intérêt que j’y trouve, à ce qu’elle me rappelle, bref si je regarde comment elle est par rapport à moi, il y a de fortes chances que je sois passé à côté de la réalité.

La phénoménologie, parmi les nombreuses ressources qu’elle offre, permet de distinguer la pensée calculante de la pensée méditante. L’une enferme le réel dans des catégories, sécurisant l’existence à l’extrême tout en l’amoindrissant jusqu’à n’être plus qu’un concept. La seconde rend au monde et à l’esprit, que rien ne sépare à la manière d’un écran, leur dimension ouverte. La présence en est la caractéristique la plus propre et il est à noter qu’un effort soutenu en est le gage.
Le bouddhisme, par la non-saisie et la perception pure qu’implique la pratique de la méditation, rejoint par l’expérience cette vision. La discipline de l’ouverture est un travail qui s’apprend patiemment jour après jour. L’esprit du débutant est l’écho de la fraîcheur du monde qui n’est jamais, d’avance, déjà connu. Par là, l’espace se découvre.
Quant à la psychologie, qu’est-elle en son fond sinon le désir de sortir de la souffrance causée par nos enfermements mentaux ? Notre passé, nos schémas habituels de pensée et de comportement, nos blessures, ou plus exactement l’ignorance dans laquelle nous tenons notre mal-être, tout cela nous coupe de nous-même. Ces barrières psychologiques peuvent nous en éloigner toujours plus sûrement si nous n’avons pas, un jour, le déclic qui nous pousse à entrer dans une écoute bienveillante de la souffrance, afin de rompre ce cycle infernal de répétition du malheur.

Psychologie, philosophie et méditation ont en commun de nous montrer une autre voie, au-delà de l’ego, qui rende à l’existence sa dimension plus libre, plus réelle et plus profonde. Elles permettent d’affronter la peur, l’ombre et la nuit, tous ces coins sombres que l’on préférerait tenir secrets ; et de soutenir aussi le grand jour du réel où les contours sont vifs et clairs, sans échappatoire ni désespoir. Nul besoin de se cacher dans un cocon : l’ego est une illusion passagère, quoi qu’il en soit, et l’intelligence peut briller au travers. Dépasser l’ego, aller dans l’au-delà qui nous ramène enfin ici, reconnaître son absence de solidité est la manière de retrouver un véritable rapport à soi. Cesser de rêver les yeux ouverts, comme si l’existence n’était qu’une répétition avant la représentation générale, mais se réveiller et voir que ça y est, c’est maintenant.
Avec l’espoir que ces pages vous interpellent et vous aident dans votre propre recherche, je vous souhaite une bonne lecture." 
Nicolas d'Inca, 20 juillet 2009


Colloque

C'est avec cette intuition sans cesse renouvelée par mes expériences, mes rencontres ou mes lectures, que j'ai eu l'idée d'organiser un colloque "Au-delà du moi, la liberté ? Psychanalyse, Philosophie et Méditation"
Toutes les infos autour du colloque et les articles liés à cette question "Au-delà du moi" se trouve sur le blog dans la rubrique Colloque "Bouddhisme et Psychanalyse" qui était le titre pressenti d'abord ; mais notre question, fondamentale, est plus précise et plus claire.


Au-delà du moi, la liberté ? Psychanalyse, Philosophie et Méditation a eu lieu à l’Institut de Psychologie Henri Piéron (Université Paris V, Boulogne-Billancourt) le samedi 27 novembre 2010. Une rencontre de premier plan a eu lieu entre spécialistes du monde psychanalytique et du monde bouddhiste. Si les pays anglo-saxons ont très tôt connu des rencontres interdisciplinaires fécondes entre bouddhisme et psychanalyse, autour d’Erich Fromm et D.T. Suzuki notamment, puis de Trungpa, Searles, Laing et Podvoll, la France a longtemps attendu. L’arrivée nouvelle des techniques de méditation adaptées à la santé globale (somatique et psychique) dans notre pays accélère sans doute un mouvement d’ouverture déjà entamé du côté des penseurs. Il suffit pour s’en convaincre de voir le colloque Bouddhisme et Philosophie qui s’est tenu à la Cité Universitaire Internationale de Paris en 2005, (disponible chez Nangpa diffusion).

Le colloque a été un événement en plusieurs sens. D’abord, il signe la fin d’une mise à l’écart de la dimension spirituelle au profit du seul point de vue scientifique comme voie de connaissance de l’homme. L’université intègre petit à petit l’existence d’autres discours que le sien propre, tout aussi valides et solidement fondés dans l’expérience. Par ailleurs, les psychanalystes, qui communiquent rarement en-dehors de leur sphère qu’on leur reproche à juste titre de garder close, se prêtent au jeu de la rencontre et du débat. D’éminents représentants des principaux courants psychanalytiques en France, organisés autour des trois figures majeures que sont Freud, Lacan et Jung, acceptent la confrontation critique et constructive autour d’un sujet difficile : le moi. 

Je vous invite à voir la vidéo d'introduction au colloque, disponible sur le site Philosophies.tv qui a entièrement filmé l'événement.
http://philosophies.tv/evenements.php?id=505