Pourquoi la rencontre de la psychologie et de la méditation est-elle est essentielle ?

A l’heure où la méditation n’est plus réservée à une élite engagée sur une voie spirituelle orientale mais s’inscrit dans le champ de la santé mentale, la nouvelle génération de psychologues se trouve à la croisée des mondes. La méditation continue d’échapper aux cases où l’air du temps voudraient l’enfermer et trouve place au cœur de notre société moderne. La psychologie se dégage des carcans identitaires, elle s’ouvre à de nouveaux horizons de sens et de soins. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui d’engager une "pensée méditante" sur la rencontre entre la thérapie occidentale et le chemin de l’attention développé de manière laïque par le bouddhisme. L’attention ouverte favorise une écoute authentique, ancrée dans la présence corporelle, gage d’une parole libre qui tend à ne plus méconnaître la vérité de la souffrance, la singularité de l’expérience et le désir de vivre. La méditation alliée à la psychologie ouvrirait-elle un nouvel espace thérapeutique, une nouvelle entente de l’être humain plus profonde, hors de tout dogmatisme théorique, de présupposés philosophiques ou d’inscription religieuse ? Ce blog en est la recherche vivante.

vendredi 15 juin 2012

Evénement Jack Kornfield à Paris

Conférence, atelier et table ronde
29 juin 2012 à Paris

A vos agendas!
L'ADM est heureuse d'annoncer
un événement exceptionnel qu'elle organise à Paris fin juin,
autour de la venue de Jack Kornfield

Vendredi 29 juin 2012 à 20h30: Conférence
Jack Kornfield donnera une conférence. Il sera présenté par Thierry Janssen.
Samedi 30 juin 2012 (de 10h00 à 17h30): Atelier
Jack Kornfield et Trudy Goodman animeront un atelier.
Samedi 30 juin 2012 en soirée (18h30 – 20h30): Table ronde
Cet atelier sera suivi d'une table ronde, modérée par 
Fabrice Midal, Philosophe, fondateur de l'École occidentale de Méditation, et éditeur de Jack Kornfield chez Belfond).  Jack Kornfield, Trudy Goodman seront entourée de:
  • Christophe André, médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne à Paris et formateur MBCT
  • Michel Bitbol, Directeur de Recherche CNRS au CREA (Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée)
  • Paul Grossman, Directeur de Recherche, Département de Médecine Psychosomatique, Hôpital Universitaire de Bâle / Basel, Suisse
  • Thierry Janssen, Docteur en médecine, chirurgien et psychothérapeute

Jack Kornfield:
Né en 1945, titulaire d'un doctorat de psychologie clinique de l'université de Dartmouth, fondateur de l'Insight Meditation Society et du centre bouddhique de Spirit Rock en Californie, où il enseigne et vit, Jack Kornfield est l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels "Bouddha, mode d'emploi" (Belfond, 2011).

L'atelier du samedi 30 juin:
« C’est une science de l’esprit… » déclare le Dalaï Lama à propos de la psychologie bouddhiste.

La recherche actuelle en neurosciences ainsi qu’un bon millier d’études effectuées sur la pleine conscience ont montré le pouvoir que représente l’entraînement intérieur pour stimuler le bien-être et procéder à la transformation du corps et de l’esprit.
Au cours de cette journée auprès d’un des enseignants occidentaux de la pleine conscience les plus réputés, nous allons explorer les principes révolutionnaires qui se sont développés au sein de la tradition de psychologie bouddhiste et qui trouvent maintenant confirmation dans la science moderne occidentale.
Nous découvrirons des outils pratiques pour réduire le stress, permettre la guérison du corps et de l'esprit, et accéder à l’harmonie et à la sagesse ;
Le développement de cet entraînement peut favoriser clarté, dignité et force intérieure.
Grâce à des lectures, des histoires, des enseignements et un entraînement expérientiel, nous allons découvrir l’essence de cette science de l’esprit et apprendre à en utiliser l’approche pour une amélioration de notre qualité de vie.

Langue: la conférence et l'atelier seront donnés en anglais, avec traduction en français.
Inscriptions:
Un livre, Bouddha Mode d'Emploi, publié chez Belfond
Dans Bouddha Mode d’emploi, Jack Kornfield se confie pour la première fois, évoque son enfance malheureuse, ses crises d’angoisse chroniques, sa découverte des enseignements bouddhiques dans un petit monastère en pleine forêt thaïlandaise… À travers anecdotes personnelles et expériences avec ses élèves, il nous initie à une spiritualité en phase avec nos problèmes quotidiens, ponctue chaque chapitre d’exercices de méditation et livre une passionnante étude des rapports réciproques entre psychologie et bouddhisme. Au fil des pages, on comprend comment les grands principes de la spiritualité orientale ont influencé, nourri et enrichi la psychologie, et bouleversé à tout
jamais notre compréhension du monde. Ce nouvel essai du grand penseur bouddhiste américain est une approche vivante et incarnée de la spiritualité. Il démontre de manière inédite le lien
entre bouddhisme et psychologie. Un ton nouveau, non dogmatique, non religieux, qui pose les
bases d’une véritable révolution intérieure.
« Écrivain, psychologue et pionnier de l'enseignement bouddhiste, Jack Kornfield publie ici son meilleur livre. De sa voix bienveillante, il nous offre des anecdotes et des histoires aussi convaincantes qu'exemplaires, et puise indifféremment dans les traditions, la littérature du monde entier et les dernières recherches scientifiques. [...] Ce livre magistral est une perspective sur la vie qui laisse le droit aux erreurs. En tant que médiateur et psychologue, il a aussi pu être le témoin de crises d'angoisse terribles, y compris les siennes, et n'hésite pas à les citer pour leur pouvoir exemplaire. [...] Gardez votre siège de méditation et ce livre à votre chevet. Kornfield est le thérapeute que vous auriez rêvé avoir. » Publishers Weekly

Psychologie & Méditation est heureux de vous annoncer ce qui ne manquera pas d'être un événement important en France, la venue de Jack Kornfield, que nous soutenons très fort depuis la parution de son livre Bouddha mode d'emploi. Voir pour cela les trois articles qui lui ont été consacrés dans la presse spécialisée, pour la revue Inexploré N°12 de l'INREES et pour Bouddhisme Actualités dans les numéros juillet-août 2011 et septembre 2011. Rendez-vous nombreux les 29-30 juin prochains à tous ceux qu'intéresse une psychologie bouddhiste !

jeudi 7 juin 2012

La méditation comme art de vivre

L’art d’être humain
Comment présenter la méditation avec profondeur et clarté ? Comment lui permettre de trouver une juste place dans notre monde, à même de répondre aux grandes questions de notre société ? L’outil pour atteindre à plus de calme à laquelle elle est trop souvent réduite ne peut suffire. Loin de se limiter à une technique qui nous resterait étrangère, elle touche à l’essentiel car la présence qu’elle développe change l’entièreté du rapport à l’existence. La méditation ouvre avant tout un autre espace de vie, et permet donc une autre entente de l’être humain. L’Ecole Occidentale de Méditation, forte de cette conviction portée par Fabrice Midal et héritée de Chögyam Trungpa, propose un grand séminaire d’été dédié à la pratique ayant pour titre « La méditation comme art de vivre ». Car être humain s’apprend, avec peine certes en une époque où l’humanité est souvent utilisée à des fins économiques et par là bafouée, mais s’apprend toujours. De même que la langue en poésie n’est pas instrumentalisée mais rendue à sa liberté, de même l’esprit en méditation n’est pas utilisé mais rendu à son plein déploiement. La portée de la méditation entendue en ce sens est grande, puisqu’elle pourrait permettre d’établir un nouvel humanisme moderne, reposant sur la présence nue et la fragilité du cœur humain, deux dimensions non fabriquées. Les résonances pour la vie en commun, l’aspect proprement politique d’une telle démarche, sont évidentes. Cette voie de libération a transformé la vie de milliers de pratiquants depuis vingt-six siècles. Comment va-t-elle œuvrer dans notre monde ? La philosophe et résistante Simone Weil écrit : « C’est en désirant la vérité à vide, et sans tenter d’en deviner d’avance le contenu, qu’on reçoit la lumière. C’est là tout le mécanisme de l’attention. » Le parallèle avec notre pratique méditative est manifeste. Désirer la vérité à vide… et alors quelque chose vous est donné. Personne n’en est l’auteur, aussi ce qui s’éclaire de cette lumière inattendue est-il vrai. Dans cet espace de vérité retrouvé grâce à l’attention ouverte, une autre parole devient possible. Quel nom peut-on donner à cette face neuve de l’expérience ? « La poésie se moque de nos bavardages. Elle ouvre l’autre visage du monde. Le seul. » écrit Fabrice Midal, nommant ainsi l’espace de la méditation : poésie. Une œuvre d’art invisible, une parole silencieuse, en somme. Et si la méditation était avant tout une voie poétique pour devenir plus humain ?

La poésie en méditation et en psychanalyse
Affirmer que la méditation ait un rapport si profond avec la poésie peut surprendre. Cela paraîtrait sans doute tout aussi étrange si les psychanalystes s’en réclamaient, et rapprochaient leur pratique d’une tentative de poème. C’est pourtant l’inflexion suivie par Jacques Lacan, dans sa quête renouvelée d’un rapport plus libre au désir où l’ignorance n’aurait pas le dessus sur la vérité. Dans son séminaire de 1976-77 « L’insu-que-sait de l’une-bévue s’aile-à-mourre » (non publié), un de ses derniers, il incite les psychanalystes à s’inspirer de la poésie dans leurs interventions auprès des patients. Ne cherchant nullement à revenir sur sa proximité de jeunesse d’avec le mouvement surréaliste, – mais désignant une manière neuve de redonner à la parole toute son inventivité, toute sa réalité individuelle, dans ses chatoiements les plus divers. Il s’agirait, dit-il, de « donner l’idée d’une structure qui incarne le sens d’une façon correcte », c’est « le tour de force » que réalise le poète. Lacan ira même jusqu’à dire « il n’y a que la poésie qui permette l’interprétation », ce qui renouvelle l’entente de la psychanalyse loin du carcan des concepts déjà connus d’avance, rendant la part de création propre à tout travail thérapeutique. Pour le dire en langage lacanien, le lieu de l’Autre est ouvert par le poème qui est question maintenue ouverte plus que réponse, tentative de dire sans points de référence. De même Francis Ponge écrit : « La poésie est à la portée de tout le monde ; si tout le monde avait le courage de ses goûts et de ses associations d’idées et exprimait cela honnêtement, tout le monde serait poète ! La difficulté c’est que les mots sont tellement poussiéreux, il faut leur redonner de la vivacité… »
Ici le travail supposé de l’analyste, celui du poète et celui du méditant convergent parfaitement. Dans des mondes différents, ils visent à redonner sa vivacité à la vie, à retrouver une parole libérée, la justesse de son désir profond, à sortir enfin du règne de l’utilité. C’est cela qui est si touchant. Car le miracle, il faut bien l’appeler ainsi en nos temps de pression quotidienne et démesurée qui pèse sur l’homme, est le fait qu’une séance de psychanalyse s’abstrait de toute évaluation directe. Dans ce lieu autre, on se raconte, sans savoir à quoi cela sert. En ce sens une analyse est un espace poétique qu’il est possible de se ménager dans l’existence. Enfin, respirer, reprendre son souffle, et pouvoir dire. Parler pour rien, au hasard des mots, des images et des réseaux de souvenirs ou de significations qui s’imposent dans une logique qui échappe à l’emprise du moi. L’enseignement de la psychanalyse reste vivant lorsqu’on peut entendre qu’elle a partie liée avec la poésie, dans un lien irréductible qui est celui de la parole. La méditation de même, par la liberté et la lucidité qu’elle ouvre.

Une épopée dans l’amour

Lacan a par ailleurs désigné ce dont il s’agit dans une analyse par le terme d’épopée, car il s’agit avant tout de narrer son existence. Il faut bien reconnaître que le chemin de la méditation est semblable dans sa vision, sinon dans ses moyens. Un séminaire de méditation peut être profondément pensé et vécu comme une épopée. L’Ecole Occidentale de Méditation propose de partir à l’aventure avec le risque que cela comporte et le courage que cela nécessite. « Le cœur de la méditation doit permettre à chacun de questionner sa propre expérience et de trouver les moyens de sa propre liberté, de retrouver un rapport plus authentique à sa propre vie » explique Fabrice Midal. Dès lors pourquoi se joindre à d’autres pratiquants pour mener une épopée par définition solitaire ? Pourquoi écouter les enseignements donnés par un autre, alors que nous aspirons à nous libérer des discours ? Le psychanalyste Carl Gustav Jung écrivait à ses disciples : « Je ne veux être pour vous ni un sauveur, ni un législateur, ni un éducateur. Allons, vous n’êtes plus des enfants. Légiférer, vouloir améliorer, faciliter est devenu une erreur et un mal. Que chacun cherche son propre chemin. Le chemin conduit à un amour réciproque dans la communauté. » Le programme est exemplaire. Chacun a à chercher son propre chemin. Mais il ne faut pas ignorer que s’il n’y a pas de règle universelle, il n’en demeure pas moins des structures communes à l’expérience, toujours partageables avec d’autres. D’autres cheminent aussi et ont en vue la même direction, ce qui fait communauté ; de ce partage naît l’amour dans un sens absolument pas naïf mais très ample. Etre attentif, par exemple lorsqu’on s’ouvre à l’autre tel qu’il est, voilà un geste d’amour. Chercher une voie pour vivre en commun et donner droit à l’humanité est un geste d’amour. Prendre sa vie au sérieux, se rendre plus sensible et disponible au monde, est amour. Ces thèmes sont particulièrement développés dans la deuxième partie du séminaire d’été, qui met l’accent sur le chemin du Grand Véhicule du Bouddha, le mahayana où l’amour a toute sa place. Alors seulement nous pouvons nous détendre avec ce que nous sommes, malgré ombres et imperfections, et nous autoriser à entrer en rapport à la situation dans son ensemble, les autres y compris. Toucher son cœur – nulle promesse – illumine le simple fait d’être humain.

Nicolas D’Inca

Séminaire de méditation
Du 07 au 14 août 2012, L’Ecole Occidentale de Médiation organise « La méditation comme art de vivre », séminaire qui sera une odyssée dans l’art et la pensée éclairés par la pratique de la méditation assise. La méditation, apprendre à être plus humain ici et maintenant. Un emploi du temps structuré rend ce programme accessible à tous : méditations guidées, marches, temps de repos, corrections des postures, ateliers pour habiter son corps, groupes d’étude, etc. Au Village Vauban, Fort Saint-André, dans le Jura. Prolongation possible jusqu’au 24 août pour ceux qui désirent prendre refuge et entrer dans la voie du grand véhicule du Bouddha.
http://www.ecole-occidentale-meditation.com/fr/seminaires-meditation/la-meditation-comme-art-de-vivre.html


Psychologie & Méditation
Une rubrique du journal Bouddhisme Actualités, en kiosque chaque mois. 

Nicolas D’Inca est psychologue clinicien, pratiquant à L’Ecole Occidentale de Méditation. Psychothérapeute analytique, il consulte à Paris.

Photo copyright Manuela Böhme