Pourquoi la rencontre de la psychologie et de la méditation est-elle est essentielle ?

A l’heure où la méditation n’est plus réservée à une élite engagée sur une voie spirituelle orientale mais s’inscrit dans le champ de la santé mentale, la nouvelle génération de psychologues se trouve à la croisée des mondes. La méditation continue d’échapper aux cases où l’air du temps voudraient l’enfermer et trouve place au cœur de notre société moderne. La psychologie se dégage des carcans identitaires, elle s’ouvre à de nouveaux horizons de sens et de soins. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui d’engager une "pensée méditante" sur la rencontre entre la thérapie occidentale et le chemin de l’attention développé de manière laïque par le bouddhisme. L’attention ouverte favorise une écoute authentique, ancrée dans la présence corporelle, gage d’une parole libre qui tend à ne plus méconnaître la vérité de la souffrance, la singularité de l’expérience et le désir de vivre. La méditation alliée à la psychologie ouvrirait-elle un nouvel espace thérapeutique, une nouvelle entente de l’être humain plus profonde, hors de tout dogmatisme théorique, de présupposés philosophiques ou d’inscription religieuse ? Ce blog en est la recherche vivante.

jeudi 27 mai 2010

S'ouvrir en l'amitié


"À partir de la question de la philia (amicalité), Aristote nous aide à nous déshabituer d’une entente « sentimentale » de l’amitié. Nous voyons dès lors qu’il s’agit dans la philia d’un rapport à l’autre eu égard à son être et à son excellence. Sont ici en débat des problèmes métaphysiques centraux dans la mesure où la philia met en jeu chez les Grecs la question de l’être. Comme nous permet de le préciser Heidegger, le rapport entre deux êtres humains est impensable sans que soit élucidée la question du rapport à l’être en général. L’ami est celui qui m’octroie le libre rapport à mon être. Le plus extraordinaire tient au fait que l’ami m’octroie quelque chose dont il n’a pas lui-même la possession. Il donne quelque chose qu’il n’a pas. Mais c’est par lui et grâce à lui que je vais y prendre part – prendre part à cela qui m’est propre. Telle est la splendeur de la finitude humaine : ce qui m’est le plus propre, je n’en ai pas la possession. Dans l’amitié, vous êtes le là de ce que vous avez à être, parce que l’ami vous octroie votre ouverture à l’être. Quant à cet octroi, il n’est pas possible sans la parole qui a de manière très singulière trait à l’amitié dans son sens le plus ample. C’est pourquoi le poète s’appelle l’ami de la maison du monde."
(S'ouvrir en l'amitié, quatrième de couverture)


Voici comment parle un vrai philosophe, de manière simple et profonde, ce qui est le cas du jeune philosophe Hadrien France-Lanord. La difficulté du simple réside en ceci que nous sommes peu habitués à penser avec assez de rigueur et d'ouverture pour voir ce dont il s'agit. Le phénomène que cherche à atteindre le philosophe est ici l'amitié en son sens le plus haut. Néanmoins, que vous ayez ou non pratiqué les textes philosophiques n'a aucune importance si vous êtes prêts à vous mettre à l'écoute de ce qu'ils ont à dire d'essentiel sur la condition humaine. Quelques rares penseurs sont assez intelligents pour rendre cela perceptible et questionner de manière neuve, personnelle, le sens de l'existence. Hadrien France-Lanord fait partie de ce petit nombre, c'est pourquoi je suis ravi d'annoncer ici la parution de son dernier livre, qui donne son titre à ce post, et l'événement qui se prépare. Les pratiquants de méditation qui suivent les enseignements laïcs de Fabrice Midal au sein de Prajña & Philia ont la chance d'avoir entendu Hadrien donner un enseignement sur l'amitié en 2007. Il revient sur ce thème les 18 et 19 juin prochains lors du week-end "S'ouvrir à soi, aux autres et au monde" à l'occasion de la parution de son ouvrage "S'ouvrir en l'amitié" (Editions du Grand Est, 2010). En voici un court extrait :

Question : Quelle est la différence entre amour et amitié ?
De ce point de vue, il n’y a pas de différence radicale (la principale différence réside ici à mon sens dans la dimension du souhait, dans la manière dont est interprété l’optatif du volo dans l’amour ou dans l’amitié).
Dans l’amour comme dans l’amitié, il y a partage d’une ouvertude commune.
Je signale au passage qu’il y a une prodigieuse pensée de l’amour dans les premières pages de la Lettre sur l’humanisme. Lisons à présent un autre extrait de Heidegger, celui du tome 38 :

« L’amitié ne prend son essor qu’à partir de la plus haute possibilité pour chacun qu’est cette constance à être intimement soi, ce qui, à vrai dire, est tout à fait autre que la quête d’un je . Malgré ce qui sépare chacun des individus eu égard à leur décision d’être soi, ici, dans l’amitié, est porté à sa plénitude l’unisson abrité en retrait d’une harmonie, à l’aître duquel l’être-abrité en retrait est essentiel. Cet unisson, quant au fond, est toujours ce en quoi se rassemble le fait d’être proprement chez soi à demeure : secret. »

Hadrien France-Lanord est agrégé de philosophie. Il enseigne en classes préparatoires au Lycée Malherbe à Caen. Il a notamment publié : Paul Celan et Martin Heidegger. Le sens d’un dialogue, Fayard. Heidegger à plus forte raison (coll.), Fayard. Martin Heidegger (traduction), La dévastation et l’attente, Gallimard.


Voir aussi le post sur le prochain week-end à Paris
S'ouvrir à soi, aux autres et au monde
Du 18 juin 2010 au 19 juin 2010
Avec Hadrien France-Lanord et Fabrice Midal

http://www.ecole-occidentale-meditation.com/

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